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La Bretagne, dès lors qu’on cherche à la circonscrire, échappe à l’idée que l’on s’en fait. Cernée par la mer, certes, mais ouverte au continent, on la réduit trop souvent à une antinomie : l’Argoat d’un côté, cette terre de vallées, de bocages, sillonnée par une multitude de cours d’eau et de rivières qui fut peuplée de légendes arthuriennes. Une terre façonnée par une culture paysanne qui a presque disparu aujourd’hui. De l’autre la Bretagne côtière, l’Armor, celle des grèves et des falaises, des phares et des îles, des pêcheurs et des marins. Le passage de l’une à l’autre, si l’on ne veut pas en rester à cette séparation, doit être saisi : s’interdisant d’apparaître comme une simple étendue plane, c’est comme si la nature – ici – faisait signe vers quelque chose d’autre qu’elle-même. Et quelle meilleure clef que la poésie, pour ouvrir la porte de ce monde chargé d’« intersignes » ? Paradoxalement, depuis la révolution de dix-sept cent quatre-vingt-neuf, son unité territoriale n’a pas changé. Une longue permanence si l’on compare avec le puzzle mouvant de la Mitteleuropa. Le dossier « Loire-Atlantique » ne change rien à l’affaire …