Donner à entendre les inflexions de cette voix qu’on appelle la poésie, tout en explorant les lieux et l’âme de la Bretagne, telle est l’intention de ce recueil.

Le genre de l’anthologie, comme celui de la revue de création, consiste à mettre en forme soit des combinaisons hétérogènes, soit des assemblages selon une problématique ou un thème. Mais contrairement à la revue dont la dynamique correspond à un work in progress pour des livres futurs, l’anthologie fait le chemin en sens inverse. L’une sème des graines tandis que l’autre cueille des fleurs. 

Néanmoins, faire des choix n’est jamais sans risque : alors que le poème était le maillon actif d’une pensée ou d’une vision, le voilà maintenant isolé et contraint de partager un espace où on ne parle pas toujours le même langage que lui. Ne va-t-il pas perdre une partie de son éloquence au sein de ce florilège artificiellement composé ? Ou bien va-t-il résonner de nouveaux échos dans cet ensemble à plusieurs voix ?… Le mieux est peut-être d’entrer dans cette anthologie comme dans une « exposition temporaire », et de suivre le bon conseil de Saint-Pol-Roux : si les « poèmes souffrent sur les pages épinglés comme les papillons d’un collectionneur. Ôtons les épingles. Le papillon repartira vers les fleurs de la vie. »

Préface, extrait

« La Bretagne, plus qu’une idée, est une échappée. Cernée par la mer, certes, mais ouverte au continent, on la réduit trop souvent à une antinomie : d’un côté, l’Argoat — « terre des forêts » — que traverse une multitude de cours d’eau et de rivières, une terre restée un peu « chouanne » (selon Louis Guilloux), façonnée par les paysans et hantée de légendes. De l’autre l’Armor, la Bretagne côtière, celle des grèves et des falaises, des phares et des îles, des pêcheurs et des marins. 

On la réduit aussi à une distinction linguistique. À l’ouest, la Basse-Bretagne bretonnante ; à l’est, la Haute-Bretagne gallèse. Aujourd’hui, d’après l’Unesco, breton et gallo sont des langues en danger. Mais ces lignes de partage, tracées à gros traits, sont des vues d’en haut. Comment alors ouvrir les portes intérieures de la péninsule ? Peut-être en suivant les inflexions de cette voix, discrète et fervente, qu’on appelle la poésie.«