Aïcha Dupoy de Guitard immortalise la poésie géologique
Pour son huitième ouvrage, réalisé avec le poète disparu en 2024 Jean Lavoué, la photographe de Landévennec Aïcha Dupoy de Guitard a posé son regard sur les paysages minéraux, sans artifice mais avec beaucoup de poésie.
« Finalement, je prends peu de photos mais j’essaie d’être au bon endroit, au bon moment. Le défi avec ce livre-là, c’était de composer avec les conditions météo, la lumière… ». Au moment de présenter son dernier ouvrage, « Ressac et silence », la photographe de Landévennec, Aïcha Dupoy de Guitard, a les yeux qui pétillent pour raconter son travail : un regard acéré, émerveillé et tendre posé sur la nature qui nous entoure et, en l’occurrence, sur les roches et minéraux de la région.

Aïcha Dupoy de Guitard sort « Ressac et silence », son huitième ouvrage, qui mêle ses photographies minérales aux poèmes de Jean Lavoué.
« Une autre manière de montrer la nature »
« J’ai beaucoup travaillé auparavant sur les arbres, les rivières et ces photos de roches, pour cet ouvrage, c’était une autre manière de montrer la nature en mouvement. Les roches n’ont pas la même échelle de temps que nous mais le mouvement lent et la lumière sont toujours mes fils conducteurs », raconte la jeune femme, sourire et voix posés au milieu d’une forêt de cheveux bruns.
Pour accompagner ses photos et ce huitième ouvrage – le cinquième aux éditions Calligrammes – Aïcha Dupoy de Guitard a travaillé avec feu le poète Jean Lavoué. « Jean est décédé en 2024, après avoir écrit tous les textes du livre, d’après mes photos. Il y voyait des choses que je ne vois pas », souligne la photographe, émue à l’évocation de son ami poète. « Ressac et silence » a demandé quatre ans de travail, un temps long qui convient bien à la jeune femme. « Chaque livre demande du temps et ils ne sortent que quand ils sont prêts », lance-t-elle.
Aucune retouche
Coautrice d’ouvrages avec, entre autres, frère Gilles Baudry, moine poète de l’abbaye de Landévennec, Aïcha Dupoy de Guitard confesse volontiers chercher la spiritualité, l’inspiration et la paix dans ses balades en pleine nature. Sous les frondaisons, sur les rivages, dans son kayak ou sous l’eau, elle aime « passer du temps seule. Être juste là. J’aime ce qui est brut. Je prends la nature comme elle est. » Au fil des pages du livre, les roches, du petit galet aux hautes falaises, se parent de mille et une couleurs, offrant autant de paysages, autant de saynètes.
« Tout ce qui est dans le livre est réel, tout le monde peut le voir, insiste la jeune femme. Je n’ai rien prélevé, rien déplacé. Il n’y a aucune mise en scène et aucune retouche photo », promet-elle en riant, la main sur le cœur. Et aucun endroit cité non plus. « C’est voulu », admet-elle. « Ce livre n’est ni un guide, ni une étude scientifique. C’est simplement de la poésie géologique ». Un joli cairn d’images à mettre entre toutes les mains.