«Ressac et silence», un dialogue littoral

Un livre, un jour. Les photos d’Aïcha Dupoy de Guitard et les poèmes de Jean Lavoué ne font qu’un.

La rencontre entre l’image, photo, dessin ou peinture et l’écrit n’est pas forcément évidente si l’on veut nouer un dialogue entre les deux. La force de la poésie étant de créer une image mentale qui d’ailleurs peut différer suivant le lecteur et sa propre histoire. C’est une notion non quantifiable, qui repose sur l’émotion. Si connexion il y a entre image et texte, alors, cette symbiose est magique. C’est le cas dans ce présent ouvrage. Aïcha Dupoy de Guitard, photographe de talent, installée sur la presqu’île de Crozon a déjà œuvré avec des auteurs et réussi à tisser ce lien si délicat avec le texte comme avec Gilles Baudry, le moine-poète de l’abbaye de Landévennec et leur magnifique livre « Infinitudes ». Ici elle navigue de conserve, en images, avec les derniers poèmes de Jean Lavoué (1955-2024), le créateur de la maison d’édition L’enfance des arbres dont la disparition a laissé un grand vide chez les amoureux de la poésie. Il écrit : « L’or des falaises / Garde longtemps l’éclat / Des aubes verticales / Et des plongées du soleil dans la mer / Ici nul besoin de creuser / Pour laisser venir au jour / Le sel de la lumière ».

Évidemment, les photographies d’Aïcha Dupoy de Guitard répondent parfaitement aux poèmes de Jean Lavoué, comme la vague qui se meurt en écume épouse le sable humide. On entend presque le bruit de l’océan qui vient lécher les rochers, des cailloux tranchants comme des dagues ou ronds comme des vieux sages. Le littoral est magnifié, dans sa beauté, ses luttes intestines, son mouvement incessant, ses couleurs changeantes comme le ciel de chez nous.