Note de lecture de Cristiana Franco (la revue de belles-lettres – 2016, I) : Traducere. Traduction et anthropologie : quelques réflexions en marge de Traduire comme transhumer de Mireille Gansel.

À l’époque, je passais beaucoup de temps aux Etats-Unis et je m’imaginais que ma connaissance de la culture nord-américaine ainsi que mes compétences en langue anglaise pourraient suffire. Mais j’ai pris conscience, peu à peu, de la grande distance qui sépare les Etats-Unis du Canada,
non pas tant sur le plan linguistique (les Canadiens parlent un anglais différent de celui des Etats-Unis et sont aussi francophones), que sur le plan contextuel, du fait des histoires respectives de ces deux pays, de leurs imaginaires, paysages, climats, conditions de vie, débats culturels. Si j’avais lu le livre de Mireille Gansel à ce moment-là, j’aurais fait l’impossible pour me rendre au Canada, l’hiver de préférence, afin de comprendre dans mon corps tout le lexique du gel développé par Atwood dans sa poésie. …lire

Note de lecture de Jacques Lèbre (revue rehauts n°36 automne-hiver  2015) : Le poète Jan Skácel de Reiner Kunze 

C’est par le biais du numéro 4 de la revue Opérateurs que j’avais découvert le poète Jan Skácel. Sauf que, depuis, je n’ai jamais vu aucun des numéros précédents, ni aucun des numéros suivants de cette revue, mystère donc, et trouvaille vraiment précieuse que ce n°4 ! On pourrait y lire une suite conséquente des fameux quatrains du poète tchécoslovaque, tel que celui-ci s’il faut se souvenir qu’il fut interdit de publication pendant plusieurs années : « J’emprunterais les mots muets aux poissons / passionnément je les dirai sous l’eau / s’ils se noient et n’atteignent pas la rive ». Plusieurs de ces quatrains qui étaient traduit par Sabine Bollack et Bernard Fabre se retrouve dans ce livre de Reiner Kunze, mais dans une version quelque peu différente puisque traduits ici par Alena Meas : » Les poètes adultes arrivent debout / mais des quatrains comme les miens / arrivent à quatre pattes / comme l’agneau, l’âne ou l’enfant ». …lire

 Note de lecture de Jacques Josse (avril 2015) : Le poète Jan Skácel de Reiner Kunze  

Pour qui ne connaît pas l’œuvre du poète Jan Skácel, le livre de Reiner Kunze, son traducteur allemand, est idéal. Reprenant deux de ses conférences, il suit précisément le parcours de l’auteur tchèque, né en Moravie en 1922 et décédé le 7 novembre 1989, deux jours avant la chute du mur de Berlin. L’un et l’autre ont été interdits de publication et ont vécu diverses persécutions. Kunze en RDA et Skácel en Tchécoslovaquie où il fut contraint au silence éditorial de 1969 à 1981. Ce qui ne l’empêcha évidemment pas de poursuivre son travail, faisant entrer avec finesse et mélancolie quelques traits de sa condition de réprouvé dans ses poèmes. …lire

 Note de lecture de Santiago Artozqui (avril 2014, n°1102) : Traduire comme transhumer de Mireille Gansel

Contrairement à ce que le titre de cet essai pourrait nous laisser croire, Mireille Gansel n’a pas écrit un énième pensum sur la traduction, ses vertus supposées ou ses complexes ancillaires. Elle nous raconte une histoire, la sienne, celle de ses langues et de ses racines.

 « Traduire, ce fut alors apprendre à écouter entre les lignes le silence des sources souterraines au pays intérieur du peuple », écrit Mireille Gansel. Les définitions de l’acte traducteur passent souvent par des métaphores, comme s’il était impossible de ramener cette pratique à une simple praxis et qu’il fallût absolument l’assortir d’une dimension philosophique, voire morale (cf. les syntagmes récurrents : « fidélité de la traduction », « trahison du traducteur »…). Ceci n’est pas une coïncidence, car historiquement la problématique de la traduction relève de la philosophie. …lire

Note de lecture de Jean Guégan (janvier février 2014) : Traduire comme transhumer de Mireille Gansel

Voici un petit livre dont il aurait fallu signaler la parution bien plus tôt tant il mérite de retenir l’attention des lecteurs d’Europe. Mireille Gansel, germaniste de formation, poète et traductrice connue, y relate les rapports qu’elle a entretenus tout au long de sa vie avec la langue, sa propre langue, natale, et les diverses langues que ses activités l’ont amenée à connaître. C’est un récit autobiographique émouvant, d’une profonde humanité et riche d’enseignement. …lire

Note de lecture d’Antoine Emaz (mars 2014) : Dortoir des ailes de Fabio Pusterla 

On connaît d’abord Fabio Pusterla comme poète: plusieurs de ses livres ont été traduits de l’italien en français, notamment par Mathilde Vischer, et publiés aux éditions d’en bas, chez Cheyne ou chez Empreintes. Pusterla est également un grand traducteur du français vers l’italien: depuis une dizaine d’années, il a ainsi traduit bon nombre de livres de Jaccottet, et il n’est pas étonnant de le voir signer la préface desŒuvresde ce dernier dans le volume de la Pléiade qui vient de paraître. Mais…lire

Note de lecture de Emmanuel Laurier (juin 2013, n°144) : Traduire comme transhumer de Mireille Gansel

L’inexprimable est sans doute ce sur quoi la traduction tombe toujours, comme s’il restait entre le texte traduit et le texte à traduire un espace à maintenir. Le titre du nouveau livre de l’écrivain et traductrice Mireille Gansel, Traduire comme transhumer, le signale immédiatement, renvoyant la tâche du traducteur à l’idée de transhumance, c’est-à-dire aux déplacements ancestraux d’hommes et de bêtes, des plaines hivernales vers les alpages d’été. …lire

Note de lecture de Florence Trocmé (novembre 2011) : L’étang est ma table de Reiner Kunze

Trois titres, pas moins, pour ce livre qui en réalité dans sa version française n’en porte qu’un ! Trois titres : der Kuß der Koï (le baiser des Koï) pour l’édition allemande chez S. Fischer Verlag, L’étang est ma table pour la version française et le titre prévu initialement par Reiner Kunze, Poussières d’étoiles.

Trois titres qui attestent de l’histoire belle et mouvementée de ce très beau livre. …lire

Débandade dans la blablasphère de Yves Prigent (avril 2011)

PASCALE SENK – Dans votre dernier livre, vous fustigez la « blablasphère ». Qu’entendez-vous par là ?

Yves PRIGENT – Aujourd’hui, j’observe autour de moi qu’au lieu de dire de la parole drue et efficace, de nombreux contemporains se contentent de blablater, de faire des bruits de bouche, avec des mots fourre-tout ou vides de sens, comme « OK ! », « voilà », « en fait », « pas de souci ! », « que du bonheur », « point barre »… Ceux-ci forment comme un tissu conjonctif qui donne l’illusion d’avoir parlé. Ces mots sont un peu comme des fétiches en Afrique, ils cachent le manque de cohésion de la tribu… Ils forment un fond sonore, une parole lénifiante et sont à la parole ce que la musique d’ascenseur est à la musique. Je voulais lutter contre cette manifestation de la pulsion de mort qui nous pousse de plus en plus à parler pour ne rien dire. J’avais besoin d’exprimer une certaine colère contre ce gâchis, le mésusage de la parole, car celle-ci est un outil tellement efficace lorsqu’on veut bien lui prêter attention. Et je pourrais ajouter, dans le sillage de Jacques Lacan : les mots pour ne rien dire empêchent la vraie parole. …lire

Note de lecture d’Antoine Emaz (septembre 2008) : Si seulement de Françoise Ascal et Alexandre Hollan

Un beau livre, et cela ne tient pas seulement à sa facture, qui s’assume classique : une série de fusains, Têtes en méditation d’A. Hollan, entre lesquels se tresse une série de brefs poèmes en vers libres de F. Ascal . Une note à la fin du livre précise qu’ « à la suite d’une visite à l’atelier d’Alexandre Hollan où elle découvre cette série inédite, Françoise Ascal écrit, entre 2005 et 2007, les poèmes du présent recueil. » Donc les cartes sont sur table ; les poèmes répondent à l’impact des fusains sur la sensibilité du poète. …lire

Note de lecture de Jacques Josse (août 2008) : Si seulement de Françoise Ascal et Alexandre Hollan

« Ouverte à la lumière, même au plus profond de l’obscur, la peinture d’Alexandre Hollan se livre à l’énigme, en attente de l’apparition. »

C’est cette énigme, ouvrant sur l’apparition évoquée par Yves Bonnefoy dans La journée d’Alexandre Hollan (Ed. Le Temps qu’il fait) qu’interroge à son tour Françoise Ascal. Elle, que l’on connait plutôt pour ses proses posées, sinueuses, drainant vie, mémoire, paysages, ramène de sa visite dans l’atelier du peintre des poèmes brefs, écrits en regard d’une série de « Têtes en méditation ». Ces visages aux yeux clos et aux lèvres fermées ne se donnent pas aisément. …lire