« Ressac et silence » d’Aïcha Dupoy de Guitard et Jean Lavoué
En découvrant les photographies d’Aïcha Dupoy de Guitard, comment ne pas citer ces mots du grand amateur de pierres que fut l’écrivain Roger Caillois : « Je parle des pierres nues, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d’une espèce passagère ». Dans ces images de pierres marines, il s’agit en effet de nudité et de destin. Ces pierres et ces rochers ont traversé le temps et en portent les stigmates. Ici, lacérés et fissurés, là, polis et décapés comme après une grande lessive. Stigmates qui font de ces « rocs impénétrables » de vraies œuvres d’art offertes au regard. Oui, de vraies sculptures. Mais inlassablement travaillées par la mer et donc toujours vivantes.
Amoureux des « lisières », comme il le disait lui-même, Jean Lavoué vivait à Hennebont et avait fait du chemin de halage longeant le Blavet son lieu privilégié de méditation. Essayiste, poète, auteur fécond, très sensible aux œuvres des grands écrivains bretons (de Guillevic à Perros en passant par Grall, Cadou, Robin…), il créa la maison d’édition « L’enfance des arbres ». Cet homme sensible aux vertus du silence, adepte des « mots pauvres », comme il l’a écrit dans un recueil posthume, L’obscur et la grâce, cultivait l’amitié et prônait les rencontres autour de « véritables oasis chercheuses de chemins inédits ». Ce qu’il appelait encore des « clairières en attente ».
26,00€
128 pages au format 19 x 24 cm sur papier couché demi-mat et couverture avec rabats
Poids : 495 g | Prix public : 26 € | EAN : 978.2.8696.5206.4
Préface de Pierre Tanguy | 65 photos en quadrichromie
4e de couverture
L’acte de naissance littéraire de Jean Lavoué date de son premier recueil de poèmes, Soleil des grèves, rassemblés en 1996 et publiés par les éditions Calligrammes. Il était déjà question de rivage, d’océan, de lumière, d’inscription du temps dans l’espace. Jusqu’à cet ultime Ressac et silence, Jean Lavoué n’aura eu de cesse de dire l’épiphanie du monde et d’ouvrir des clairières de signes où partager son espérance. Malgré la maladie, et le deuil originel d’une sœur partie trop tôt. Dorénavant achevée, son œuvre — celle d’un naturaliste, chercheur d’absolu — n’a pas fini de nous instruire sur les chemins qui mènent à la simplicité et à la contemplation.
« Nous n’approchons du mystère
Qu’en nous immergeant
Dans les profondeurs du silence »
Assurément Aïcha Dupoy de Guitard — l’une de ses sœurs en émerveillement — est comme lui sensible à ce qui dépasse notre finitude. Mais toujours ancrée dans l’expérience vécue. Depuis une vingtaine d’années, elle ne cesse d’arpenter la Bretagne, son pays d’adoption, et d’y collecter les fragments d’un royaume connu d’elle seule, qu’elle nous offre bouquet après bouquet. Son langage : une tension entre apparition et disparition, macrocosme et microcosme, noir et blanc et couleurs chatoyantes, où viennent s’immiscer quelques paréidolies !
Entre paysage et pensée, nos deux auteurs se sont retrouvés précisément là « où la mer conteste la rive », là où la part du sacré semble encore intacte. Incarnant ainsi ce que Jean a très tôt énoncé : « Les poèmes naissent d’une rencontre ou sont la conscience d’un instant. »
Yvan Guillemot
Extraits
Nous n’approchons du mystère
Qu’en nous immergeant
Dans les profondeurs du silence
Nous allons vers des îles
Toujours en promesse d’horizon
D’infini et de lumière
*
On comprend mieux pourquoi
Les hommes peignirent autrefois sur la pierre
En des lieux inaccessibles et sacrés
Les figures de leur émerveillement
Ils avaient perçu combien la roche
Était elle-même l’artiste de leurs rêves
Le tympan offert à leur imaginaire
*
Lorsque nous aurons compris
Que dans la roche la plus dure
Battait aussi un cœur
Alors nous saurons
Que nous sommes pétris
Dans la même main
Battant au rythme de l’amour



